Entretien avec l’artiste Zaz Ginger Fur : la boulimique d’images.

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portrait zaz

Entretien avec l’artiste Zaz Ginger Fur

Peux-tu me présenter ton parcours et m’expliquer ce qui t’a emmené à la Digigraphie ?

Depuis l’enfance j’ai toujours crée, avec une prédilection évidente pour le visuel même si je me suis essayé à l’écriture à l’adolescence. J’ai réalisé beaucoup de collages, dessiné, peint.…La photographie m’a d’avantage intéressée à l’âge adulte, puis l’infographie, pour laquelle je me suis passionnée, avec la découverte du collage numérique, de la typographie, des possibilités multiples qu’offre cette discipline. J’ai effectué mes études dans les domaines de la communication d’entreprise et du graphisme. J’ai exercé la profession d’assistante en communication dans de grosses structures, puis celle de graphiste dans divers studios de création et finalement en free-lance. J’ai eu beaucoup de plaisir à exercer cette dernière activité mais je subissais néanmoins la frustration de ne pas trouver suffisamment de temps pour une expression plastique purement personnelle. Aujourd’hui, j’ai un emploi plutôt alimentaire mais qui me donne plus de temps et de moyens pour m’exprimer. Ce passé de graphiste publicitaire  fait de l’ordinateur, et de l’image numérique qu’il me permet de produire, mon médium de prédilection, même s’il n’est pas le seul. Quant à la Digigraphie, ce n’est qu’un procédé d’impression. J’en ai fait le choix pour mes œuvres numériques car c’est le top en matière de qualité et pérennité actuellement. J’ai décidé que les œuvres des deux volumes de la série « Fluides femelles » ne seraient imprimées qu’en 3 exemplaires certifiés et numérotés. Ma volonté de tirer peu d’exemplaires vient du fait que, bien que mes œuvres soient en théorie imprimables à l’infini, il est beaucoup plus séduisant pour un acquéreur d’obtenir un objet dont il sait qu’il n’existera qu’en peu d’exemplaires et ce en ne la payant pas une fortune pour autant.

Tu es une artiste autodidacte et pourtant tu as une lumière toujours parfaitement maîtrisée dans tes productions. As-tu suivi des formations afin de parfaire tes connaissances ?

On peut considérer que je suis autodidacte car je n’ai pas intégré de cursus artistique diplômant type école d’art. Cependant, j’ai tout de même suivi plusieurs formations dans diverses disciplines, c’est essentiel à mon sens. Je crois profondément à la maîtrise technique pour réaliser des œuvres dignes de ce nom. Si la créativité ne s’acquiert pas, l’apprentissage de la technique est, lui, incontournable. Ça ne s’invente pas, ni ne s’improvise.

Donc, oui, j’ai suivi de nombreuses formations, à divers moments de ma vie, plus ou moins longues…dans les domaines de l’infographie, de la photographie, du dessin, de la peinture, d’arts plastiques divers…et j’en suivrai d’autres!

Les femmes sont quand même un sujet plus que central dans tes compositions, est-ce une fascination pour la gente féminine ?

La puissance que dégage une image à la féminité exacerbée me séduit au plus haut point. Les parties de corps que j’utilise pour reconstituer un nouveau corps sont allègrement photoshopées pour en faire des créatures policées, avec une perfection de carnation, de finesse des traits et des membres… telles qu’il n’en existe jamais dans la réalité. La lumière est retravaillée, le corps sublimé et morcelé. Je suis à l’inverse de la retranscription du réel mais plus dans l’esthétisation…Cela en fait, pour moi, des créatures « génériques », symbolisant, comme le ferait une déesse, le concept même de féminité. Cela dit, mon propos est surtout d’évoquer la vie interne, dans l’intimité du corps et de l’esprit, ses tourments et ses désirs. Propos retranscrit par la combinaison de ces corps morcelés avec des taches et coulure d’encre, de peinture, de traits très schématiques et d’éléments animaux, végétaux, etc… Mais la masculinité me fascine aussi, je trouve simplement le sujet plus difficile à traiter, moins « naturel » pour moi.

Le sujet masculin sera, je l’espère, de plus en plus présent dans mes prochaines créations.

Quelle sont tes influences et références?

Il y a généralement une constante dans les œuvres qui ont une grande résonance en moi, même si j’aime bien des choses dans des styles très différents. Ma prédilection va à des œuvres picturales plutôt figuratives qui tournent autour du corps. Souvent des travaux esthétisants qui allient une composition et une technique très maîtrisées…et un aspect plus schématique, comme inachevé, tourmenté, ou des associations d’éléments incongrus, perturbateurs, évoquant avec finesse notre rapport à la vie et à la mort, au sexe, à nous même, aux autres, au monde.

Quelques noms d’artistes dont l’expression me parle, toutes disciplines picturales confondues : Francis Bacon, Mirka Lugosi, kate Mac Dowell, Nick knight, Nicole Tran Va Bang, Koschki, Erwin Olaf, Jenny Saville, Laurence Demaison, Françoise Quardon, Charlie Isoe, ….(la liste pourrait faire une page entière…)

Je pourrais aussi parler de mon gout pour la typographie, le constructivisme russe, l’érotisme très poussé, et tant d’autres choses qui n’apparaissent pas dans cette série d’œuvres mais pourront peut-être surnager ailleurs, plus tard…

Pour revenir à tes références, quelle est l’importance de voir ce que d’autres photographes ou artistes font ?

Je suis une boulimique d’images, j’en recherche constamment, je regarde énormément le travail d’autres artistes, dans des tas de domaines…aussi bien pour m’en nourrir que pour avoir une vision large de la création contemporaine, et surtout parce que j’y porte un intérêt souverain. J’adore être étonnée, séduite, remuée…ça n’arrive pas si souvent, alors il faut chercher, chercher sans cesse, pour renouveler ce plaisir.

Quel est l’aspect le plus difficile dans la réalisation de tes images ?

L’indiscipline du processus créatif en lui-même, qui vous amène où il le veut. on peut décider, par sa raison, d’évoquer d’avantage telle ou telle chose, d’avoir une thématique précise, une tonalité, d’éviter certains écueils…mais il y a un processus inconscient important dans l’acte de création qui fait que je ne vais pas forcément là où j’avais prévu d’aller. Si cette indomptabilité est une difficulté, elle est aussi un plaisir. D’un point de vue plus technique, le fignolage des détails une fois la composition globale établie est ce qui est le plus rébarbatif, demande le plus de patience et est le moins intéressant…pourtant essentiel pour parvenir au résultat escompté.

Travailles- tu seule, ou avec l’aide d’autres personnes?

Je travaille seule, mais j’aimerais cependant beaucoup travailler sur des projets en collaboration avec d’autres plasticiens.

En général, combien de temps passes-tu pour réaliser une image ?

Longtemps! Je suis une laborieuse, lente, perfectionniste. Je travaille sur plusieurs œuvres en même temps. Cela peut durer des semaines, des mois. Lorsque je commence, j’ai une ligne créatrice assez floue, je fais des tas d’essais, je retravaille des détails, jusqu’à ce que je me dise : là ça me va, ça me parle, et c’est à ce moment la que le titre de l’œuvre surgit que le sens de l’image réalisée devient clair pour moi… ce n’est d’ailleurs pas nécessairement le même que celui que d’autres yeux que les miens verront !!! C’est ce qui est intéressant, le regard de chacun. La façon qu’à chaque œil, chaque cœur, chaque cerveau, chaque histoire individuelle, d’interpréter et ressentir une œuvre.

Pourquoi présentes-tu tes productions sur le site Les Esthètes ?

Car votre projet m’a paru séduisant. Pourquoi ne pas mêler mes œuvres à des objets de déco, pour peu qu’ils soient intéressants, novateurs, esthétiques, amusants? Après tout, mon but n’est pas de faire de l’Art conceptuel dans de grands espaces dédiés à l’art contemporain…il est plutôt de rendre accessible mes réalisations aux personnes qui sont, d’une manière ou d’une autre, sensibles à mon travail, et souhaiteraient le contempler à loisir chaque jour sur leur mur…

Quelle est l’idée de ta prochaine série photographique ?

La série sur laquelle je travaille actuellement n’est pas à proprement parler photographique. Je reviens à mes premières amours, mais différemment que je ne l’ai pratiqué par le passé : le collage.

J’utilise énormément la composition infographique néanmoins, pour recréer des visages et des corps, toujours d’après des images pillées de-ci de-là combinées à des clichés personnels. Simplement, je les imprime et les intègre à des compositions où se mêlent morceaux d’affiches récupérés sur les murs des villes, encre et peinture.  Bref, je renoue avec la matière, le relief. Pour le coup, chaque œuvre sera unique.

Quant à l’idée générale, il y a fort à parier que cette notion de ressenti intime qui transparaît sur le corps sera, ici encore, très présente. D’autres thématiques apparaîtrons, c’est certain, mais ne pourrons s’affirmer en tant que telles que si elles sont présentes dans l’ensemble de la série…voyons ou ma création me porte, le discours suivra!

Souhaites-tu dire autre chose à nos lecteurs?

Laissez vous porter par vos émotions…

 

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